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LCAP (CASL) : la Loi canadienne anti-pourriel

Les règles du CRTC pour les messages électroniques commerciaux envoyés au Canada : consentement exprès ou implicite (avec délais), exigences d’identification et de désabonnement des MEC, exemptions et sanctions pouvant atteindre 10 M$.

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À qui cela s’adresse Équipes conformité, Expéditeurs

S’applique aux expéditeurs, quelle que soit leur plateforme

La LCAP (en anglais CASL, Canada’s Anti-Spam Legislation) est la loi canadienne qui encadre les messages électroniques commerciaux (MEC). Contrairement au CAN-SPAM Act américain (opt-out), la LCAP est un régime d’opt-in : un consentement, exprès ou implicite, est requis avant l’envoi, et c’est à l’expéditeur d’en apporter la preuve.

Ceci n’est pas un avis juridique : vérifiez les sanctions et les seuils auprès de la source primaire (ci-dessous) et d’un conseil avant de vous y fier. Voir compliance/README.md.

Ce que régit la LCAP

La LCAP établit quatre interdictions ou obligations principales :

  1. Messages électroniques commerciaux : l’expéditeur doit obtenir le consentement préalable du destinataire (exprès ou implicite), fournir des renseignements d’identification et des coordonnées, et inclure un mécanisme de désabonnement fonctionnel.
  2. Installation de programmes informatiques : installer un logiciel sur le système d’autrui exige le consentement exprès du propriétaire ou de l’utilisateur autorisé, ainsi qu’une description claire et simple de la fonction et de l’objet du programme.
  3. Données de transmission des messages : les informations de routage ne doivent pas être modifiées de sorte qu’un message soit livré à une destination autre que celle indiquée (ou en plus de celle-ci) sans le consentement approprié.
  4. Aide aux violations : les organisations ne doivent pas aider d’autres personnes à enfreindre ces exigences (responsabilité pour « aide » au titre de l’article 9).

Qu’est-ce qu’un MEC ?

Un message électronique commercial est un message dont l’un quelconque des objectifs est d’encourager le destinataire à participer à une activité commerciale : par exemple une offre d’achat, de vente ou de location de produits ou de services, une occasion d’affaires ou d’investissement, ou la promotion des activités commerciales d’une personne. Ce critère est plus large que celui de l’« objet principal » de CAN-SPAM : un seul objectif commercial parmi plusieurs suffit.

Messages couverts et exclus

Couverts Exclus ou exemptés
Email Appels de télémarketing vocaux en direct et automatisés (réglementés séparément)
SMS / messages texte Diffusions unidirectionnelles sur les réseaux sociaux (tweets, publications sur un mur)
Messagerie instantanée Messages politiques visant principalement à solliciter des contributions
Messages privés sur les réseaux sociaux B2B : messages entre employés d’organisations entretenant une relation existante
Notifications push (si commerciales) Communications aux membres d’un club ou d’une association
Messages dans des comptes sécurisés à accès limité (par exemple les portails bancaires)
Collecte de fonds d’un organisme de bienfaisance enregistré (lorsque c’est l’objectif principal)

Consentement

Consentement exprès

  • La personne a clairement accepté de recevoir des MEC, par écrit ou oralement, par une action d’opt-in volontaire.
  • Les cases précochées, le silence ou l’inaction ne sont pas valables : une action positive est requise.
  • Le consentement exprès n’expire pas ; il reste valable jusqu’à ce que le destinataire le retire.
  • Il incombe à l’expéditeur de prouver que le consentement a été obtenu.

Catégories de consentement implicite et délais

Catégorie Fondement Validité
Relation d’affaires en cours (RAC) Achat ou location de biens, de services ou d’un terrain 2 ans à compter de la transaction
RAC Acceptation d’une occasion d’affaires, d’investissement ou de jeu 2 ans
RAC Contrat écrit (en vigueur ou expiré) 2 ans à compter de l’expiration
RAC Demande de renseignements ou demande concernant des produits ou services 6 mois
Relation privée en cours (organismes de bienfaisance, partis ou candidats politiques, clubs ou associations) Don ou cadeau 2 ans
Relation privée en cours Bénévolat ou participation à une réunion 2 ans
Relation privée en cours Adhésion Durée de l’adhésion (aucun délai fixe tant qu’elle est en cours)
Publication bien en vue Adresse publiée publiquement (par exemple sur un site web) sans mention refusant les MEC, et le message concerne le rôle, les fonctions ou les attributions officielles du destinataire dans l’entreprise Tant que l’adresse est publiée
Carte professionnelle / adresse communiquée Le destinataire a communiqué son adresse (par exemple par une carte professionnelle) et le message concerne son rôle professionnel Non précisée
Recommandation Une personne en recommande une autre Un seul MEC, qui doit identifier l’auteur de la recommandation
Transitoire (historique) RAC ou relation privée existant avant le 1er juillet 2014, avec un historique de MEC 3 ans : du 1er juillet 2014 au 1er juillet 2017 (désormais expiré)

Registres et charge de la preuve

L’expéditeur doit pouvoir démontrer le consentement. Conservez : l’adresse électronique ; la date d’obtention du consentement ; la méthode (formulaire, oral, achat, etc.) ; et le contexte (historique d’achat, bénévolat, échange de cartes professionnelles). Le CRTC a publié un avis d’application de la loi portant spécifiquement sur la tenue de registres du consentement.

Exigences de contenu des MEC

Chaque MEC doit :

  1. Identifier l’expéditeur, ainsi que toute personne pour le compte de laquelle le message est envoyé. S’il n’est pas pratique de l’inclure dans le corps du message, l’information peut être fournie par un hyperlien vers une page web clairement et bien en évidence présenté et accessible gratuitement.
  2. Fournir des coordonnées, dont une adresse postale valide (une boîte postale est acceptable). Les coordonnées doivent rester valides pendant au moins 60 jours après l’envoi du message.
  3. Inclure un mécanisme de désabonnement pouvant être « exécuté facilement » ("readily performed") : simple, rapide et aisé (par exemple un lien de désabonnement, ou une réponse « STOP » ou « Unsubscribe » par SMS). Le mécanisme doit :
    • rester fonctionnel pendant au moins 60 jours après l’envoi du message ;
    • être traité sans délai, et au plus tard 10 jours ouvrés après la demande.

Sanctions et responsabilité

Exposition Détail
Sanction administrative pécuniaire : particulier Jusqu’à 1 000 000 $ par violation
Sanction administrative pécuniaire : organisation Jusqu’à 10 000 000 $ par violation
Administrateurs et dirigeants Personnellement responsables s’ils ont ordonné ou autorisé la violation, ou y ont consenti, acquiescé ou participé ("directed, authorized, assented to, acquiesced in, or participated in")
Aide Responsabilité au titre de l’article 9 pour avoir aidé à commettre des violations
Spécialistes du marketing tiers et affiliés Responsabilité partagée : la marque comme la partie qui envoie pour son compte sont responsables de la conformité

Un programme de conformité documenté au sein de l’entreprise (diligence raisonnable) atténue le risque. L’application de la loi relève du CRTC (les processus de conformité et d’application, ainsi que les mesures d’application publiées, figurent sur son site) ; le spam peut être signalé au Centre de notification des pourriels (fightspam.gc.ca).

Enjeux pour la délivrabilité

Le modèle d’opt-in avec expiration de la LCAP impose de fait les pratiques d’hygiène de base de données qui protègent aussi la réputation d’expéditeur : n’écrire qu’aux adresses liées à une relation récente et prouvable, et faire sortir les adresses des listes avec le temps (fenêtres de 6 mois pour une demande de renseignements et de 2 ans pour un achat). Les expéditeurs qui respectent ces fenêtres évitent naturellement les adresses anciennes et inactives qui génèrent des plaintes et des adresses pièges touchées : voir Fondamentaux de la délivrabilité email.