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LCAP (CASL) : la Loi canadienne anti-pourriel

Les règles du CRTC pour les messages électroniques commerciaux envoyés au Canada : consentement exprès ou implicite (avec délais), exigences d’identification et de désabonnement des MEC, exemptions et sanctions pouvant atteindre 10 M$.

Référence6 min de lecture

À qui cela s’adresse Équipes conformité, Expéditeurs

S’applique aux expéditeurs, quelle que soit leur plateforme

Si vous envoyez des emails, des messages texte ou d’autres messages électroniques commerciaux à des personnes au Canada, vous avez besoin de leur consentement avant l’envoi. La Loi canadienne anti-pourriel (LCAP, en anglais CASL) encadre ces messages électroniques commerciaux (MEC).

Contrairement au CAN-SPAM Act américain, qui est une loi d’opt-out, la LCAP est un régime d’opt-in. Un consentement, exprès ou implicite, est requis avant l’envoi, et c’est à l’expéditeur d’en apporter la preuve.

Ceci n’est pas un avis juridique. Vérifiez les sanctions et les seuils auprès de la source primaire (ci-dessous) et d’un conseil avant de vous y fier. Voir Conformité.

Ce que régit la LCAP

La LCAP établit quatre interdictions et obligations principales :

  1. Messages électroniques commerciaux : l’expéditeur doit obtenir le consentement préalable du destinataire (exprès ou implicite), fournir des renseignements d’identification et des coordonnées, et inclure un mécanisme de désabonnement fonctionnel.
  2. Installation de programmes informatiques : installer un logiciel sur le système d’autrui exige le consentement exprès du propriétaire ou d’un utilisateur autorisé, ainsi qu’une description claire et simple de ce que fait le programme et pourquoi.
  3. Données de transmission des messages : les informations de routage ne doivent pas être modifiées de sorte qu’un message soit livré à une destination autre que celle indiquée (ou en plus de celle-ci) sans le consentement approprié.
  4. Aide aux violations : les organisations ne doivent pas aider d’autres personnes à enfreindre ces exigences (responsabilité pour « aide » au titre de l’article 9).

Qu’est-ce qu’un MEC ?

Un message électronique commercial est un message dont l’un quelconque des objectifs est d’encourager le destinataire à participer à une activité commerciale. Il peut s’agir d’offres d’achat, de vente ou de location de produits ou de services, d’occasions d’affaires ou d’investissement, ou de la promotion des activités commerciales d’une personne. Ce critère est plus large que celui de l’« objet principal » de CAN-SPAM : un seul objectif commercial parmi plusieurs suffit.

Messages couverts et exclus

Couverts Exclus ou exemptés
Email Appels de télémarketing vocaux en direct et automatisés (réglementés séparément)
SMS et messages texte Diffusions unidirectionnelles sur les réseaux sociaux (tweets, publications sur un mur)
Messagerie instantanée Messages politiques dont l’objectif principal est de solliciter des contributions
Messages privés sur les réseaux sociaux Interentreprises (B2B) : messages entre employés d’organisations qui entretiennent une relation existante
Notifications push (si commerciales) Communications aux membres de clubs ou d’associations
Messages dans des comptes sécurisés à accès limité (par exemple les portails bancaires)
Collecte de fonds par des organismes de bienfaisance enregistrés (lorsque c’est l’objectif principal)

Consentement

Consentement exprès

  • La personne a clairement accepté de recevoir des MEC, par écrit ou oralement, en faisant une démarche active d’opt-in.
  • Les cases précochées, le silence ou l’inaction ne sont pas valables. Une action positive est requise.
  • Le consentement exprès n’expire pas. Il reste valable jusqu’à ce que le destinataire le retire.
  • Il incombe à l’expéditeur de prouver que le consentement a été obtenu.

Catégories de consentement implicite et délais

Catégorie Fondement Validité
Relation d’affaires en cours (RAC) Achat ou location de biens, de services ou d’un terrain 2 ans à compter de la transaction
RAC Acceptation d’une occasion d’affaires, d’investissement ou de jeu 2 ans
RAC Contrat écrit (en vigueur ou expiré) 2 ans à compter de l’expiration
RAC Demande de renseignements ou demande concernant des produits ou services 6 mois
Relation privée en cours (organismes de bienfaisance, partis politiques et candidats, clubs et associations) Don ou cadeau 2 ans
Relation privée en cours Bénévolat ou participation à une réunion 2 ans
Relation privée en cours Adhésion Durée de l’adhésion (aucun délai fixe tant qu’elle est en cours)
Publication bien en vue L’adresse est publiée publiquement (par exemple sur un site web) sans aucune mention qui décourage l’envoi de MEC, et le message concerne le rôle, les fonctions ou les attributions officielles du destinataire dans l’entreprise Tant que l’adresse est publiée
Carte professionnelle ou adresse communiquée Le destinataire a communiqué son adresse (par exemple sur une carte professionnelle) et le message concerne son rôle professionnel Aucun délai indiqué
Recommandation Une personne en recommande une autre Un seul MEC, qui doit identifier la personne à l’origine de la recommandation
Transitoire (historique) Une RAC ou une relation privée qui existait avant le 1er juillet 2014, avec un historique de MEC 3 ans, du 1er juillet 2014 au 1er juillet 2017 (désormais expiré)

Registres et charge de la preuve

L’expéditeur doit pouvoir démontrer le consentement. Conservez l’adresse électronique, la date d’obtention du consentement, la méthode (un formulaire, oralement, un achat, etc.) et le contexte (historique d’achat, bénévolat, échange de cartes professionnelles). Le CRTC a publié un avis d’application de la loi qui porte spécifiquement sur la tenue de registres du consentement.

Exigences de contenu des MEC

Chaque MEC doit :

  1. Identifier l’expéditeur, ainsi que toute personne pour le compte de laquelle le message est envoyé. S’il n’est pas pratique d’inclure ces renseignements dans le corps du message, ils peuvent être fournis par un lien vers une page web présentée de façon claire et bien visible et accessible gratuitement.
  2. Fournir des coordonnées, dont une adresse postale valide (une boîte postale est acceptable). Les coordonnées doivent rester valides pendant au moins 60 jours après l’envoi du message.
  3. Inclure un mécanisme de désabonnement qui peut être « exécuté facilement » (readily performed), c’est-à-dire de façon simple, rapide et aisée (par exemple un lien de désabonnement, ou une réponse « STOP » ou « Unsubscribe » par SMS). Le mécanisme doit :
    • rester fonctionnel pendant au moins 60 jours après l’envoi du message ;
    • être traité sans délai, et au plus tard 10 jours ouvrés après la demande.

Sanctions et responsabilité

Exposition Détail
Sanction administrative pécuniaire (particulier) Jusqu’à 1 000 000 $ par violation
Sanction administrative pécuniaire (organisation) Jusqu’à 10 000 000 $ par violation
Administrateurs et dirigeants Personnellement responsables s’ils ont ordonné ou autorisé la violation, ou y ont consenti, acquiescé ou participé (directed, authorized, assented to, acquiesced in, or participated in)
Aide Responsabilité au titre de l’article 9 pour avoir aidé d’autres personnes à commettre des violations
Spécialistes du marketing tiers et affiliés Responsabilité partagée : la marque comme la partie qui envoie pour son compte sont responsables de la conformité

Un programme de conformité documenté au sein de l’entreprise (diligence raisonnable) réduit le risque. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) est chargé de l’application de la loi. Son site décrit ses processus de conformité et d’application, et publie ses mesures d’application. Le spam peut être signalé au Centre de notification des pourriels (fightspam.gc.ca).

Enjeux pour la délivrabilité

Comme le consentement prévu par la LCAP expire, la loi impose de fait les pratiques d’hygiène de base de données qui protègent aussi la réputation d’expéditeur. N’écrivez qu’aux adresses liées à une relation récente que vous pouvez prouver, et retirez les adresses à mesure qu’elles arrivent à expiration (après 6 mois pour une demande de renseignements, et 2 ans pour un achat). Les expéditeurs qui respectent ces délais évitent naturellement les adresses anciennes et inactives qui génèrent des plaintes et des adresses pièges touchées. Voir Fondamentaux de la délivrabilité email.